Trois courses, deux pistes, un gros défi logistique
À une année des Championnats du monde FIS 2027, Crans-Montana se prépare à une répétition grandeur nature ce week-end en accueillant simultanément les courses de Coupe du monde FIS masculines et féminines. Sur la piste, pour la télévision et les hébergements, le challenge est de taille.
Organiser une Coupe du monde FIS de ski alpin est toujours un défi. En organiser deux, en parallèle, sur deux pistes distinctes mais avec une seule aire d’arrivée commune, relève de l’exercice d’équilibriste. À Crans-Montana, la descente et le super-G dames, disputés sur la piste Mont Lachaux, et les entraînements de la descente hommes, sur la Nationale, se dérouleront le même jour, pour une organisation millimétrée.
Cette cohabitation impose une coordination constante entre des équipes distinctes, réparties par piste. Dès qu’une course se termine, un autre groupe prend immédiatement le relais pour démonter, réinstaller et adapter le dispositif.
Priorité aux courses dames par rapport aux entraînements masculins
En tout et pour tout, ce sont près d’une septantaine de personnes qui travaillent simultanément sur la préparation des deux pistes, sans compter les lisseurs, les bénévoles ou les Picasso. Et la charge n’est pas équitable selon le tracé. La piste Nationale, plus longue, plus exigeante en sécurité et en installation de filets A, mobilise à elle seule près des deux tiers des effectifs. La piste Mont Lachaux demande néanmoins une attention toute particulière sur certains secteurs plus techniques à préparer. Entre l’injection des tracés, l’arrosage, la sécurité et la préparation en amont des pistes, le nombre de personnes impliquées a d’ailleurs pratiquement triplé par rapport aux années précédentes.
Dans un monde idéal, les entraînements des descentes masculines auront lieu vendredi après la descente femmes et samedi avant le super-G femmes. Mais un report ne peut jamais être exclu, ce qui occasionnerait le chevauchement des épreuves. Dans ce cas, la priorité est naturellement donnée aux courses et toute l’organisation de l’aire d’arrivée leur est dédiée. Les entraînements devraient alors être adaptés, quitte à être raccourcis en étant arrêté avant l’intersection entre les deux pistes.
L’aire d’arrivée, elle aussi, a dû être repensée. Sans gagner de surface, son aménagement a été entièrement revu pour accueillir simultanément athlètes, coaches, médias et équipes TV. Tribunes, air fences et ligne d’arrivée, qui a notamment été placée plus en amont de la pente, ont été repositionnés afin de fluidifier les circulations. Et des aménagements devront encore être revus pour les Mondiaux 2027.
Une production TV presque triplée
Côté télévision, le défi est tout aussi impressionnant. « On a quasiment dû doubler les effectifs », résument Julien Baszanger et Aurélien Vallotton, producteur et réalisateur en chef des compétitions pour la SSR. «En temps normal, une piste nécessite entre 25 et 30 caméras. Cette année, on en aligne à Crans-Montana près de 60, avec 31 caméras sur la piste Nationale et 26 sur la Mont Lachaux. » À cela s’ajoute une explosion du matériel : davantage de fibres optiques, deux podiums, cinq grues au total et un réseau dense d’armoires techniques réparties tous les 500 mètres le long des pistes.
Mais c’est surtout l’architecture de la réalisation qui change d’échelle. La SSR, qui comprend des équipes de production et de réalisation de la RTS et de la SRF, est passée de deux régies à cinq. « Nous avons une régie finale pour toute l’aire d’arrivée, qui gère l’émotion, les ralentis et la narration, deux régies intermédiaires qui couvrent chacune une piste en direct et deux régies de départ », explique Julien Baszanger. L’objectif est d’être en mesure de gérer des scénarios complexes, avec par exemple une course d’un côté et un entraînement de l’autre, voire des épreuves en parallèle en cas de météo capricieuse, que ce soit cette année ou dans un an aux Championnats du monde.
Loger tout le monde, un casse-tête permanent
En coulisses, la logistique ne s’arrête pas aux pistes et aux caméras. L’hébergement représente un autre chantier majeur. « C’est beaucoup plus complexe que d’habitude », reconnaît Magalie Perren, responsable de l’accueil et de l’hébergement. La coexistence des équipes féminines et masculines oblige à réserver des hôtels sur des périodes plus longues, souvent avant de connaître les dates exactes d’arrivée des athlètes, ce qui requiert une planification délicate avec les hôteliers.
Certaines nuits affichent complet, lorsque toutes les équipes sont présentes simultanément. Pour limiter les annulations cependant, hommes et femmes sont volontairement répartis dans les mêmes établissements, ce qui complique encore la gestion des repas. « Les hôtels doivent être prêts à servir en continu entre 11h et 15h, car les horaires des équipes ne coïncident pas. De plus, dans le ski alpin, des changements de programme peuvent toujours survenir en raison des conditions météorologiques ».
« La pression est d'autant plus forte que de nombreuses équipes souhaitent être hébergées dans le même hôtel qu'en 2027, en particulier certaines équipes féminines et masculines d’un même pays », souligne Magalie Perren. L’an dernier, environ 350 chambres avaient été réservées pour les athlètes, les équipes, la FIS, Swiss Timing, les invités et les sponsors. Cette année, ce chiffre se monte à 593 chambres, réparties dans des hôtels de trois à cinq étoiles. Et pour répondre à la forte demande que généreront les deux semaines de compétitions des Championnats du monde dans douze mois (environ 800 chambres pour les équipes, la FIS, etc.), la capacité doit encore être augmentée. Avec l'arrivée de nations plus petites notamment, certaines équipes devront être hébergées dans la plaine entre Sierre, Sion et aussi Anzère.
Car cette répétition grandeur nature donne un avant-goût de l’ampleur du défi qui attend Crans-Montana en 2027, lorsque la station devra orchestrer, à une toute autre échelle, les Championnats du monde, quarante ans après ceux de 1987.